Trait d'union entre un poète et un peintre

Publié le par "Un voyageur qui passe"

"Trait d'union entre un poète et un peintre"

  ou

 "Histoire d'une oeuvre"

 

Cette oeuvre est un tableau peint par Caspar David Friedrich pour illustrer le poème d'Alphonse de Lamartine "L'isolement"

 

Caspar David Friedrich est une peintre allemand.

Très influencé par sa vie spirituelle intense, il donne à ses tableaux une dimension particulière mélant sa foi, ses idées philosophiques et sa mélancolie.

 

<<Le peintre ne devrait pas simplement peindre ce qu'il a en face de lui, mais aussi ce qu'il voit en lui même>>

- Caspar David Friedrich -

 

Le tableau illutrant le poème "L'isolement" est connu sous deux titres :

 

"Le voyageur au dessus d'une mer de nuages"

 ou

"L'homme contemplant une mer de brume"

Voyageur contemplant une mer de nuages

 L'isolement

 

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,

Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;

Je promène au hasard mes regards sur la plaine,

Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Caspar David Friedrich

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;

Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;

Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes

Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Des hommes contemplant la lune

Au somment de ces monts couronnés de bois sombres,

Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;

Et le char vaporeux de la reine des ombres

Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon

Caspar David Friedrich

Cependant, s'élançant de la Flèche gothique,

Un son religieux se répand dans les airs :

Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique

Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts

Caspar David Friedrich

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente

N'éprouve devant eux ni charme ni transport ;

Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante

Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

Caspar David Friedrich

De colline en colline en vain portant ma vue,

Du sud à l'aquillon, de l'aurore au couchant,

Je parcours tous les points de l'immense étendue,

Et je dis : <<Nulle part le bonheur ne m'attend>>

Femme face au soleil couchant

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,

Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Caspar David Friedrich

Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,

D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;

En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,

Qu'importe le soleil ? Je n'attends rien des jours.

Crépuscule en bord de mer

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,

Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :

Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire ;

Je ne demande rien à l'immense univers.

Caspar David Friedrich Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,

Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux

Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,

Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Falaises de craie

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;

Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,

Et ce bien idéal que toute âme désire,

Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Le rêveur

Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore,

Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi !

Sur la terre d'exil pourquoi 'resté-je encor ' ?

Il n'est rien de commun entre la terre et moi

Femme à la fenêtre

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,

Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;

Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :

Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

 

                                     - Alphonse de Lamartine -

 

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Alphonse de Lamartine : (1790 - 1869)

Caspar David Friedrich : (1774 - 1840)

 

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Tous les tableaux illustrant ce poème sont de Caspar David Friedrich

 

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              * Oeuvres d'art appartenant au domaine public

   (sources : wikipédia où vous pouvez retrouver ces peintures)

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Commenter cet article

Muriel Roland-Darcourt 22/03/2011 00:12


La mélancolie tue des gens, et elle peut aussi de grandes choses...


Sylvia 03/03/2011 13:32


La sensibilité des vers éternels, la magie des peintures, une harmonie superbe.


un voyageur qui passe 03/03/2011 19:47



Merci pour votre visite (je viens de découvrir votre poème sur la femme à l'ombrelle, très bien écrit...)



cronin 19/02/2011 14:26


Bonjour un voyageur qui passe,

Bienvenue dans notre commmunauté !

Je salue et rend hommage à la beauté de votre blog, tant par les belles illustrations de ce peintre que j'aime, que par l'écrit d'Alphone de Lamartine...j'aime le citer quelque fois sur mes poèmes,
notamment cette célèbre citation : "Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour, ne pourrions-nous jamais sur l'océan des âges, jeter l'ancre un
seul jour ?" Merci pour cette beauté à nos yeux. Je reviendrai vous lire. Belle et douce journée, mes roses d'amitié. Corinne (Cronin)


un voyageur qui passe 20/02/2011 20:12



Contente de savoir que toi aussi tu aimes Lamartine... Merci de ton passage...



JACQUELINE/Mina 17/02/2011 07:42


cet article est splendide!! Pour beaucoup c'était l'époque du "Grand Tour" lorsque les jeunes aristocrates découvraient le monde!
Bravo!


"Un voyageur qui passe..." 17/02/2011 12:13



Merci pour votre passage...



Richard LEJEUNE 17/02/2011 07:41


C'est une excellente idée que de remettre à l'honneur ce poème que tout le monde a rencontré au moins une fois dans son adolescence, quelle qu'en soit la raison.

Cet alexandrin seul, parmi ceux de tant d'autres auteurs romantiques, resta longtemps punaisé sur un mur de ma chambre :

"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé"


un voyageur qui passe 17/02/2011 12:27



Oui, ce passage est très connu et je l'aime aussi : J'espère que l'hiver est sur sa fin chez vous aussi et que le printemps va
bientôt fleurir les arbres de la Belgique