Mauvais souvenirs... d'une ville rose

Publié le par Un voyageur qui passe

*** Mauvais souvenirs d'une ville rose...

                           où tout n'est pas si rose que ça !  ***

 

Ce jour là, nous sommes partis très tôt du bateau car nous avions de la route a faire pour nous rendre à Pétra. Je ne vous parlerai pas de la durée du trajet ni des paysages traversés car je n'ai fait que dormir.

 

Une fois arrivée, toute "groggy", j'ai commencé a suivre le groupe dans un petit sentier cheminant entre de grands rochers où l'on pouvait voir d'anciennes habitations troglodytes.

une autre planète avant le siq

 Le guide s'arrêtait régulièrement "en plein soleil" pour donner des explications  que je connaissais déjà (car tous les jours sur le bateau, nous avions une conférence sur la géographie et l'histoire des lieux prévus au programme... je ne risquais pas de manquer ces moments où l'on pouvait s'évader dans les siècles passés).

avant siq 1

 Je les ai donc tous laissé et j'ai commencé à pénétrer dans le Siq ou assise à l'ombre, je les ai attendu... car voyez-vous, j'ai une devise "qui veut aller loin ménage sa monture " ! 

  

Pour ce qui est des photos et de l'histoire des lieux, je vous ai tout raconté dans mon billet précédent nommé "Pétra - Jordanie ". Ce que je voudrai faire maintenant, c'est vous raconter exactement comment j'ai vécu cette visite, mes sentiments et le souvenir que j'en garde. En fait, je voudrai vous faire découvrir mon excursion "entre les lignes " de mon exposé précédent qui était très touristique.

 

Nous avons donc marché longuement dans le Siq qui au commencement est de largeur correcte mais sur la fin devient très étroit. De temps en temps, des cris de "mise en garde " des conducteurs de carrioles nous prévenaient afin que l'on se range sur le côté et dans un nuage de poussière, l'on avait à peine le temps de distinguer des touristes cramoisis et cramponnés à leurs sièges, passer à toute vitesse. Je n'ai pas réalisé, je n'ai pas pensé et pourtant j'aurais dû...

J'étais toute à ma visite, avec à l'esprit des clichés de "Rendez-vous avec la mort " d'Agatha Cristie (qui se passe en partie à Pétra)... j'imaginais l'ami Hercule Poirot et ses souliers vernis qui lui non plus n'était pas très sportif... j'étais en plein dans mon délire... mes pieds n'étaient pas encore fatigués et ils n'étaient plus tout à fait sur terre...

 

Arrivé au bout, c'est magique ! 

Nous nous trouvons dans l'obscurité entre les hautes roches et à travers la fente (car le Siq est tellement étroit qu'il n'est plus à cet endroit là qu'une fente entre deux blocs géants de roches), on aperçoit dans une lumière paraissant aveuglante le Khazneh que l'on devine plus que l'on ne voit.

A cet instant, j'ai pensé à tous les touristes du passé qui ont obligatoirement vécu cet instant magique et à ceux du futur qui vivront la même émotion...

vu fin siq 0002

 vu fin siq 0003

hors siq 0001

Ce jour là, il était interdit de pénétrer à l'intérieur du Khazneh. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien.

hors siq 5

 

entrée du khazneh

J'ai donc promené, tourné et retourné faisant des photos par ici et par là.

Un chat roux du même ton que la pierre de Pétra, un agent de police avec sa dishdash kaki, un bizarre esalier menant nulle part... j'ai révé imaginant cet escalier du temps où il ne conduisait pas au néant...

chat à pétra

 policier

  escaliers

 

Je me suis ensuite décidé à suivre la voie principale "khazne al-Firaun " ou si vous préférez ce qui était "l'avenue principale" de Pétra du temps de sa splendeur.

anc hab troglo

 

Il était entendu qu'à partir du khazneh, chaqu'un pouvait poursuivre la visite à son rythme, autant de temps qu'il le voulait ou surtout qu'il le pouvait...

Rendez-vous à l'hôtel se trouvant à quelques minutes du site !

 

Je croisais de temps en temps des dromadaires "libres" avec leur conducteur... (si j'avais prévu, j'en aurais vite loué un...) après, quand on en cherche un, on en trouve plus...

dramadaires libresJe marchais donc tranquillement prenant une photo par ici et une autre par là.

Je croisais  tout un échantillonnage de personnes parlant des langues que je ne connais même pas.

Personne ne me connait, personne ne me regarde, on ne me voit pas, on ne sait rien de moi, je suis une touriste, une simple touriste qui n'a pas de vie propre. C'est ce que j'aime, ce que j'aime avant tout dans les voyages. Etre anonyme, ne pas avoir d'histoire. Pas de passé, pas d'avenir, seulement un présent qui se résume a regarder, regarder sans être vue... mon seul souhait : mon fondre dans le paysage !

 

Des dromadaires attentent leurs passagers surement en train de faire quelques achats... 

dromadaire pétra mag souvAprès tous les vestiges d'habitations creusées dans les grottes avec des façades plus ou moins travaillées, on fini par arriver à l'ancien théatre.

théatre 2 

 Ne me décourageant pas, je reprends le chemin car il reste encore a découvrir le Deir et les tombes royales.

 

Je marche, je marche et je commence à être fatiguée. Mon sac me parait de plus en plus lourd.

Je me dis que si je commence à être à bout de force maintenant, comment ça va être à l'arrivée et surtout comment je vais faire le chemin du retour.

Je n'aurais pas dû écouter les conseils et suivre ma première idée : louer un dromadaire au départ, sans en descendre jusqu'au retour. Au moins, j'aurais tout découvert sans me fatiguer, tout doucement, à la vitesse d'un dromadaire au pas, en prenant mes photos sur un "piédestal" bien à la hauteur... (dans les voyages organisés, il faut savoir que l'on vous oriente, on vous influence afin que vous vous fondiez le plus possible dans le groupe sans faire de fantaisies... il était donc plus facile pour eux de ne pas avoir à me chercher un guide personnel avec dromadaire que j'aurais payé naturellement... ce n'est pas une histoire d'argent qui entre en compte dans ce cas présent) 

Pour les dromadaires c'est donc foutu mais il y a possibilité de prendre une carriole pour regagner l'entrée du site. Le problème c'est que ces carrioles ne sont a disposition que pour la traversée du Siq. Il me faut donc retourner jusqu'au Khazneh. Je suis découragée et je m'asseois sur une pierre au bord du chemin. J'ai mal au dos, j'ai mal aux jambes, je suis éssoufflée, je ne peux plus avancer, j'ai surévalué mes forces. Je n'ai même plus le courage de lever les yeux, je regarde la terre du chemin, j'ai la tête qui tourne. 

Soudain des pieds s'arrêtent. Il y en a cinq paires. Je finis par lever les yeux et je vois que c'est des compagnons de voyages, écarlates, les traits tirés, métamorphosés, le maquillage ayant coulé pour les femmes... 

C'est ridicule mais j'ai pensé à Jésus qui quand il est sorti du tombeau n'était reconnu par personne. Même sa chère Marie-Madeleine l'a pris pour le jardinier. Quand on est fatigué, quand on souffre, les traits changent... donc quand on sort de la mort... tout s'explique pour l'ami Jésus...

 

Les têtes "transfigurées" qui sont au bout de ces pieds... là devant moi, me parlent :

 

- <<Mais alors Juliette, que vous arrive t-il ? Vous êtes bien rouge ! >>

(surement qu'eux... ils ne se sont pas vus !!!)

- <<Retournez avec nous ! Nous regagnons le khazneh pour louer un moyen de locomotion... il faut être deux par carriole, ça tombe bien... nous serons donc six avec vous !

- Allez courage vous n'allez pas rester là ! 

- Vous savez que vous aviez raison... N'étant pas sportifs, nous aurions dû louer des dromadaires... maintenant, nous allons devoir prendre des anti-inflammatoires pendant des jours et en plus nous n'avons pas découvert entièrement le site. Nous avons une drôle de colère !

- Vous, ma chère, vous êtes plus jeune que nous, vous ne devriez pas être dans cet état... vous devez manquer de sucre...>>

(A ces mots, un d'entre eux m'a sorti une banane "surement molle" ... que j'ai poliment refusé...) 

 

Je me suis levée et je les ai suivi. Ils marchaient tout doucement et n'étaient guère plus frais que moi. Le pire c'est qu'au retour, le chemin monte légèrement. De temps en temps nous nous arrêtions... personne ne parlait et tout le monde respirait très fort.

J'avais un peu honte d'être la plus jeune et d'être dans cet état... il faut dire qu'avec certains et certaines d'entre eux, j'ai bien vingt à vingt-cinq ou même trente ans de différence d'âge... (bien que je n'ai plus vingt ans quand même...) et c'est moi qui pourtant parait la plus épuisée, foutue, HS (hors service en terme technique)...

 

En chemin, nous avons vu passer (avec envie) des touristes bien installés sur leur dromadaires... des touristes bien plus malins que nous.... 

touristes malins

Nous voilà enfin revenus au khazneh où de petites carrioles attendent les voyageurs dans le même état que nous. Il faut en attendre des libres car nous ne sommes pas les seuls à nous retrouver sur les genoux.

 

Je prends place avec une compagne d'infortune. Nous voilà  donc partis, elle (qui est assez forte), moi et le conducteur. Je vois le dos d'un cheval recouvert d'une couverture bariolée.

chevalRapidement les choses se gâte... le conducteur fouette le pauvre animal pour qu'il aille plus vite... il crit pour que les piétons (comme nous le matin) s'écartent au bord du chemin.

cheval dans le siq

 Le sol est très mauvais ! Des cailloux, des roches glissantes, des creux, des bosses et le pire, certains passages où il reste des vestiges d'une ancienne chaussée romaine toute déformée... un véritable cauchemar !

Heureusement le chemin finit par monter donc fini la course folle. Le problème c'est que le cheval n'arrive plus a avancer. Le conducteur le fouette et lui crit je ne sais trop quoi en arabe. Avec la dame nous lui disons d'arrêter... je comprends qu'il doit avoir l'habitude que les touristes protestent et veulent protéger l'animal.

Je sens que ce cheval est à bout ! D'autres carrioles nous dépassent. Nous, nous n'avançons plus. Le conducteur nous fait donc descentre et nous parcourons une partie de la montée à pied à côté du cheval. J'ai peur qu'il s'écroule, je suis anéantie.

Après cette montée, le conducteur insiste pour que l'on remonte car nous sommes encore loin. Et là, il recommence à le fouetter... j'ai hurlé, je lui ai arraché le "bâton-fouet" des mains... il n'a pas très bien su ce qu'il arrivait et a arrêté la cariole. Je suis descendue (je dirai même que j'ai sauté, moi pourtant si fatiguée), j'ai fait le tour et je suis allée de son côté.. je faisais claquer le bâton contre les parois rocheuses tout en lui expliquant de ne plus frapper ce cheval... quand je suis en colère, je deviens pire qu'un psychopathe... la colère me donne une force terrible et je n'ai peur de rien !

Dans la vie, une seule chose me touche, c'est les animaux ! 

Les animaux sont "ma corde sensible".

Alors là, là... rien que de vous relater les évènements, la rage m'étrangle encore... Je n'ai pas la colère contre le conducteur de carriole (pas du tout car il faisait ce qu'on lui a appris et d'ailleurs il a très bien saisi le sens de mon mécontentement) mais contre le système...

J'ai insisté pour que l'on aille au pas et bien que je ne parle pas la langue, croyez-moi que je me suis faite bien comprendre.

Une fois arrivée, j'ai payé le prix d'une seconde course imaginaire afin que pendant ce temps-là, le cheval se repose avant de partir pour je ne sais encore combien de trajets jusqu'au soir. Je me suis assise à l'ombre et j'ai donc attendu, attendu (avec le cheval et le conducteur de carriole qui ne faisait que me regarder d'un air curieux)... J'ai ensuite à nouveau payé le prix d'une autre course en expliquant au conducteur de ne toujours pas bouger... je me suis éloignée en sachant très bien que aussitôt hors de vue, le conducteur allait repartir encore à toute allure...

Je suis rentrée à l'hôtel en sachant très bien que désormais les yeux de ce cheval resteraient dans ma mémoire... c'est un de mes mauvais souvenirs de voyages...

 

Peu à peu, tout le monde est rentré et ceux qui ont eu recours à la carriole ont eu également une mauvaise impression... En ce qui me concerne, je suis tombée sur un cheval très fatigué et la dame qui était avec moi était très forte ce qui n'a pas allégé la charge a tirer... le problème c'est que celà doit se produire régulièrement, les gens les plus minces n'étant pas ceux qui en général ont besoin d'un moyen de locomotion. Deux personnes plus ou moins lourdes, plus le conducteur, c'est beaucoup trop pour un parcours aussi accidenté et en plus, souvent à toute vitesse (pour faire le maximum de courses) 

 

L'hôtel et son restaurant étaient fort agréables avec vu sur Pétra et ses environs...

3 hotel pétra

2 hotel pétra

4 hotel pétra

Certains sont repartis voir la couleur des roches changeant de teinte avec le coucher du soleil... pas moi, j'ai préféré le bar et la terrasse de l'hôtel...

piscine hot pétra

1 hotel pétra

 

Des touristes m'ont raconté qu'en poursuivant la visite il y a des petits ânes et que leur condition est encore pire.

 

Si un jour je reviens en Jordanie, je ne mettrais plus jamais les pieds sur ce site... mais depuis, la nuit, souvent j'y reviens dans mes cauchemars...

 

Régulièrement, je pense à ce cheval... cette mésaventure date maintenant de 3 mois... ou il peine encore ou il a déjà terminé dans une assiète... au moins rien de perdu... on se sert d'eux jusqu'au bout !

 

Depuis, j'ai rencontré une touriste qui m'a raconté son aventure personnelle à Pétra.

Au bord du chemin, il y avait un âne blessé qui ne pouvait plus avancer. Avec quelques personnes aimant les animaux, ils ont demandé que l'on vienne le secourir... il faut savoir qu'il n'y a pas de soins vétérinaires... quand un animal ne peut plus avancer on le termine d'un coup de barre... des années après, avec son époux ils en sont toujours malade...

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Pétra - Jordanie -

décembre 2010

Photos réalisées par : moi-même

 

Publié dans MES RECITS DE VOYAGES

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elen 13/06/2011 12:00


Malheureusement dans tous ces pays il n'y a aucune compassion envers les animaux, ce qui pour moi est une raison de ne pas y aller!


amanita 10/04/2011 18:22


et gnagnagnan... c'est leur culture ! voilà le mot est lancé. et puis, en plus il faut bien qu'ils gagnent leur vie ! et autres stupidites : toujours les mêmes. voilà pourquoi la cause animale ne
sera jamais gagnée !!!


amanita 10/04/2011 18:17


je deteste les gros qui se font tirer par des anes à bout de souffle.


miguelito 25/03/2011 21:52


Je rêvais d'aller à Petra, j'ai admiré vos photos mais la lecture de la façon dont les animaux sont exploités et maltraités m'a interpellé : ils sont leur gagne pain et à ce titre ( puisqu'en
apparence ils n'ont pas de coeur )ils leur devraient respect et égard. Ecoeurant ! Belle réaction que la vôtre...


Virusphoto67 22/03/2011 16:58


de magnifique paysage,un voyage qui donne envie et qui doit être très enrichissant ..